«Une stratégie industrielle sans le privé est vouée à l’échec»

16 août 2013 Commentaires fermés sur «Une stratégie industrielle sans le privé est vouée à l’échec»

Samir Bellal. Professeur d’économie à l’université de Guelma

-La réunion tripartite aura lieu en septembre prochain. Le dossier de la relance de l’industrie nationale y figure en grande place. Le gouvernement dit vouloir récupérer ce qu’il désigne comme base industrielle du pays. Pensez-vous que ce défi est réalisable avec un tissu qui contribue seulement à moins 5% au PIB ?

Le recouvrement de la base industrielle, c’est beau comme discours, mais est-ce que c’est un discours qui a des chances de se concrétiser ? Personnellement, je reste sceptique. A voir ce qui a été annoncé comme mesures, on n’est pas sorti des vieilles recettes. On parle toujours de choix sectoriels, on insiste beaucoup sur les allocations budgétaires pour tel ou tel secteur, etc. Entre le discours et la réalité, il me semble qu’il doit y avoir une rupture à engager.

-Sommes-nous face un problème de vision économique ou de compétence ?

Il y a manifestement un problème de vision et de conception de la chose économique. On continue effectivement de croire qu’il suffit de vouloir pour faire. On continue de croire que l’Etat peut tout faire. Or, l’expérience a montré que ce qui a été réalisé par l’Etat dans les années 1970 nous a coûté extrêmement cher. Renouveler la même expérience est un gaspillage des ressources. Outre ce problème de vision, il y a le problème d’idéologie. Par exemple, on continue toujours à se méfier du secteur privé. Une stratégie industrielle qui n’associe pas le secteur privé comme acteur principal est vouée à l’échec. La base industrielle était une fiction et n’a survécu que grâce au soutien de l’Etat. Aujourd’hui encore, on continue à refuser la régulation par le marché.

-Comme alternative, qu’est-ce qu’il y a lieu de faire ?

La première chose à faire serait de se démarquer de la conception de la stratégie industrielle en termes d’allocation de ressources. On continue à croire que la stratégie industrielle est une question de ressources à allouer aux différents secteurs en fonction des priorités. Ceci est une vision dépassée. Donc il faut se départir de cette vision. Il faut aussi prendre en considération les complémentarités qui existent entre les politiques économiques. Une stratégie industrielle ne doit pas être isolée des autres éléments de la politique économique. A titre d’illustration, on ne peut parler de stratégie en ignorant la question du taux de change du dinar.

A quoi servirait-il de réhabiliter un outil de production si, en parallèle, on maintient un taux de change surévalué ? Ceci n’a pas de sens. A quoi sert de prôner une stratégie de recouvrement de la base industrielle du pays si l’on maintient aussi la configuration actuelle du secteur public qui fonctionne sur le mode clientéliste ? Tout le monde sait que le secteur public ne participe pas à la création d’un surplus économique, mais constitue un guichet de distribution de salaires et de prébendes à la clientèle.

Pour revenir aux propositions, je pense qu’il y a lieu d’associer le secteur privé et d’en faire l’instrument principal de la stratégie industrielle. Il faut aussi associer les mécanismes du marché. A ce propos, il faut examiner de manière sérieuse la question du taux de change du dinar, revoir le droit du travail dans le sens d’une flexibilité, maintenir un compartiment public dans certains secteurs stratégiques. Enfin, la stratégie industrielle doit tenir compte des complémentarités des différentes politiques économiques.

 

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